Les psychothérapies : comment s’y retrouver ?
TCC, psychanalyse, thérapie familiale, EMDR… Le vocabulaire des psychothérapies a de quoi dérouter. Voici un panorama clair des grandes approches, de ce que la recherche en sait vraiment, et des repères pour choisir un professionnel en confiance.
« Je crois que j’ai besoin de voir quelqu’un. » Une fois cette phrase prononcée, une autre question arrive vite : voir qui, et pour faire quoi ? Ce guide vous aide à y voir clair, en distinguant ce qui est établi de ce qui reste discuté.
Qu’est-ce qu’une psychothérapie ?
Une psychothérapie est un soin qui passe d’abord par la parole. Elle se déroule au fil d’entretiens réguliers, seul ou en groupe, avec un ou une psychothérapeute, et peut durer de quelques mois à quelques années1. Elle peut être suivie seule ou en complément d’un autre traitement, par exemple médicamenteux1.
Quelle que soit l’approche, l’objectif est le même : améliorer l’état de la personne et, souvent, prévenir les rechutes d’un trouble ou d’une souffrance psychique1. La thérapie repose sur un contrat librement accepté, sur une relation de confiance appelée alliance thérapeutique, et sur le respect du secret professionnel1. Le cadre (lieu, durée et fréquence des séances) est fixé dès le départ1.
Pas besoin d’un diagnostic pour consulter : angoisse, tristesse, difficultés relationnelles ou perte de confiance en soi sont des raisons possibles1.
Qui peut se dire psychothérapeute ?
En France, « psychothérapeute » est un titre réglementé. Pour l’utiliser, il faut être inscrit au registre national, après une formation en psychopathologie clinique d’au moins 400 heures et un stage d’au moins cinq mois, cette formation étant réservée aux médecins et aux titulaires d’un master de psychologie ou de psychanalyse1. Les professionnels inscrits sont consultables sur l’Annuaire santé (annuaire.sante.fr)1.
En pratique, la psychothérapie peut être menée par un psychiatre, un psychologue ou un psychothérapeute titré1. Pour comprendre qui fait quoi, consultez notre article psychiatre, psychologue, psychothérapeute : les différences.
Les grandes familles de psychothérapies
Les thérapies comportementales et cognitives (TCC)
Les TCC s’intéressent aux liens entre les pensées, les émotions et les comportements. Elles travaillent sur « l’ici et maintenant » : le thérapeute et la personne choisissent ensemble des problèmes concrets à résoudre, découpés en étapes2. Par exemple, une personne qui a peur de prendre l’ascenseur peut être exposée progressivement à la situation, d’abord en imagination, puis dans la réalité1.
Ce sont souvent des thérapies plutôt courtes : de 10 à 25 séances selon l’Inserm2, environ 20 séances sur six mois selon Psycom1 (voir la thérapie cognitive et comportementale). Elles existent aussi en groupe, généralement de six à huit personnes1.
Les thérapies psychodynamiques et psychanalytiques
Issues des travaux de Freud, elles reposent sur les notions d’inconscient et de transfert, c’est-à-dire la tendance à rejouer avec le thérapeute des désirs ou des situations liés à son propre passé2. Le thérapeute adopte une « neutralité bienveillante » et propose des interprétations1.
Leur forme varie beaucoup. La cure psychanalytique classique dure plusieurs années, avec plusieurs séances par semaine1. Les psychothérapies d’inspiration analytique en face-à-face peuvent être brèves (trois à six mois) ou plus longues (deux à trois ans)1.
Les thérapies systémiques, familiales et de couple
Ici, on regarde le groupe autant que l’individu : la famille est vue comme un « système » dont les modes de communication peuvent se gripper1. Les séances ont souvent lieu tous les quinze jours ou tous les mois, et la fin de la thérapie se décide d’un commun accord1.
Un point important pour les proches : dans l’approche familiale décrite par l’Inserm, les difficultés observées dans la famille sont considérées comme une conséquence de la maladie d’un de ses membres, et non comme sa cause2. Ces thérapies intègrent souvent de la psychoéducation, c’est-à-dire une information sur la maladie, son évolution et la façon d’y faire face2. Les thérapies de couple, elles, travaillent sur la dynamique du couple plutôt que sur chacun séparément1.
Les approches humanistes
Les approches dites humanistes, comme l’approche centrée sur la personne, misent sur l’écoute, l’empathie et la capacité de chacun à trouver ses solutions. Le counselling, répandu au Royaume-Uni, en est proche : le professionnel écoute et aide la personne à trouver ses propres réponses6. Ces approches sont peu présentes dans les synthèses officielles françaises sur lesquelles s’appuie cet article, ce qui invite à la prudence sur leur niveau de preuve.
Les autres approches, dont l’EMDR
D’autres psychothérapies structurées existent, comme la psychothérapie interpersonnelle, centrée sur les relations, ou la thérapie d’acceptation et d’engagement3. Certaines s’appuient sur la pleine conscience, comme la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience6.
L’EMDR (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) consiste à évoquer des souvenirs traumatiques tout en effectuant un mouvement, par exemple des mouvements des yeux de gauche à droite, afin de les rendre moins intenses6. Pour l’état de stress post-traumatique, l’OMS indique que les interventions ayant le plus de preuves sont les TCC centrées sur le traumatisme et l’EMDR5. Cette reconnaissance concerne le traumatisme : elle ne fait pas de l’EMDR une méthode adaptée à toutes les difficultés.
Ce que dit la recherche
Ce qui est établi
En 2004, l’Inserm a publié une expertise collective, Psychothérapie : trois approches évaluées, qui reste la grande référence française sur le sujet, même si elle est ancienne. Les experts ont analysé environ 1 000 articles sur les approches psychodynamique, cognitivo-comportementale et familiale2. Ils distinguaient une « preuve d’efficacité », fondée sur des études convergentes et solides, d’une simple « présomption d’efficacité », quand les études se contredisent ou demandent confirmation2.
Quelques conclusions de l’époque :
- l’efficacité des TCC était la mieux établie dans le trouble panique et le trouble anxieux généralisé ; elles étaient aussi efficaces dans le stress post-traumatique, les TOC et les phobies2 ;
- les thérapies familiales réduisaient le taux de rechute à deux ans dans la schizophrénie2 ;
- les thérapies psychodynamiques avaient montré leur efficacité dans la personnalité borderline, sur 18 mois à quatre ans de suivi2 ;
- dans les troubles alimentaires, plusieurs thérapies étaient efficaces, sans qu’une approche ne se révèle supérieure en général2.
Les experts n’avaient pas observé de nouveaux symptômes venant « remplacer » ceux traités2.
Plus récemment, la HAS (2017) indique que, dans la dépression de l’adulte, la psychothérapie de soutien, les TCC, les thérapies psychodynamiques et les thérapies systémiques ont fait leurs preuves3.
Ce qui est incertain
Cette expertise s’appuie sur des études antérieures à 2004 : la recherche a beaucoup évolué depuis. Elle mesurait surtout la baisse des symptômes, et les experts rappelaient que la singularité de chaque relation patient-thérapeute rend les études plus difficiles à reproduire2. Une approche peu étudiée n’est pas forcément inefficace : les données manquent pour conclure.
Ce qui est discuté
Une question divise les chercheurs : l’efficacité vient-elle surtout de la technique propre à chaque approche, ou d’ingrédients communs à toutes, comme la qualité de la relation, l’empathie ou les attentes de la personne ? C’est le débat des facteurs communs. Une synthèse publiée en 2015 souligne que l’alliance thérapeutique est l’un des facteurs les plus liés à l’amélioration, et que les écarts entre approches, lorsqu’ils existent, sont faibles4. Mais son auteur, partisan de cette lecture, reconnaît que le sujet crée des tensions et que ces données sont surtout corrélationnelles4. Pour la dépression, la HAS constate elle aussi l’absence de données comparatives suffisantes pour départager les approches3.
À retenir
Plusieurs psychothérapies ont montré leur efficacité pour certains troubles, en particulier les TCC dans les troubles anxieux. Pour beaucoup de situations, les comparaisons entre approches restent insuffisantes. La qualité de la relation avec le thérapeute compte, quelle que soit la méthode.
Durée, formats et coût
Une psychothérapie peut être individuelle, en couple, en famille ou en groupe1. Sa durée dépend de l’approche et de la demande, de quelques mois à plusieurs années1.
Les thérapies proposées dans les établissements publics, comme les centres médico-psychologiques (CMP), sont prises en charge par la Sécurité sociale1. Le dispositif Mon soutien psy permet par ailleurs le remboursement de jusqu’à 12 séances par an chez un psychologue partenaire, pour une souffrance psychique légère à modérée, dès 3 ans8. Il n’est pas adapté aux situations qui demandent d’emblée un avis psychiatrique, par exemple en cas de risque suicidaire8.
Comment choisir ?
Il n’existe pas de « meilleure » psychothérapie dans l’absolu. Pour la dépression, la HAS recommande de choisir en tenant compte des préférences de la personne, de ses difficultés, des thérapies qui l’ont déjà aidée, des compétences disponibles et des possibilités de financement3. Quelques repères :
- Parlez-en à votre médecin traitant, qui peut vous orienter1.
- Renseignez-vous sur l’approche proposée et sur les tarifs avant de vous engager1.
- Vérifiez le titre du professionnel sur l’Annuaire santé1 : notre guide comment trouver un psy et vérifier son titre explique la démarche.
- Fiez-vous à votre ressenti : l’engagement dans la thérapie doit reposer sur un sentiment de confiance1. Il est possible de changer de thérapeute.
Imaginons Sarah, qui fait des crises d’angoisse dans les transports : une approche ciblée comme les TCC peut lui convenir. Paul, qui a le sentiment de répéter les mêmes échecs amoureux, voudra peut-être une démarche plus exploratoire. Dans les deux cas, en parler dès le premier rendez-vous aide à vérifier que la proposition correspond à la demande. Notre article sur la première consultation chez un psy vous aide à la préparer.
Signaux d’alerte : repérer une dérive
La Miviludes, la mission interministérielle de vigilance contre les dérives sectaires, décrit plusieurs signaux d’alerte7 :
- le praticien vous demande d’adhérer à une nouvelle façon de penser, et pas seulement de suivre un soin ;
- il affirme que les traitements classiques sont inutiles et présente sa méthode comme « miracle » ;
- il exige une confiance totale et se présente comme seul détenteur de la vérité ;
- vous vous éloignez progressivement des médecins, de votre famille ou de vos amis ;
- on vous reproche de douter, ou on vous rend responsable de votre maladie ;
- on vous pousse à acheter des livres, des stages coûteux ou d’autres prestations.
Un professionnel sérieux accepte vos questions, explique sa méthode et ne vous coupe pas de vos proches.
Quand consulter
Si votre souffrance dure, s’aggrave ou vous empêche de vivre normalement, parlez-en à votre médecin traitant ou à un professionnel de santé mentale. En cas d’idées suicidaires ou de risque de violence, appelez le 15 ou le 3114, numéro national de prévention du suicide8.
Pour aller plus loin
Retrouvez tous nos repères pour consulter et se faire accompagner. Si c’est un proche qui ne va pas bien, lisez comment accompagner un proche en difficulté. Et pour vérifier vos connaissances, faites notre quiz sur les psychothérapies.
Cet article fait partie de l’ensemble Consulter et se faire accompagner.
Cet article informe et aide à comprendre. Il ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un psychologue, qui seuls peuvent évaluer une situation personnelle.
Sources
- Psycom Psychothérapies (brochure) (date non indiquée par la source, consulté le 20 octobre 2026)
- Inserm Dossier de presse « Psychothérapie, trois approches évaluées » – Une expertise collective de l'Inserm (publié le 26 février 2004, consulté le 20 octobre 2026)
- Haute Autorité de santé (HAS) Épisode dépressif caractérisé de l'adulte : prise en charge en soins de premier recours – Synthèse : prise en charge thérapeutique et suivi (date non indiquée par la source, consulté le 20 octobre 2026)
- World Psychiatry (PubMed Central) How important are the common factors in psychotherapy? An update (B. E. Wampold) (publié le 25 septembre 2015, consulté le 20 octobre 2026)
- Organisation mondiale de la santé (OMS) Post-traumatic stress disorder (fact sheet) (publié le 11 septembre 2026, consulté le 20 octobre 2026)
- NHS (service public de santé britannique) Talking therapies (daté du 5 novembre 2025, consulté le 20 octobre 2026)
- Miviludes (sur Santé.fr) Quand une dérive thérapeutique devient-elle sectaire ? (publié le 24 juin 2019, consulté le 20 octobre 2026)
- Assurance maladie (ameli.fr) Remboursement de séances chez le psychologue : dispositif Mon soutien psy (daté du 16 septembre 2026, consulté le 20 octobre 2026)
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