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Relations

La théorie de l’attachement : ce que dit vraiment la recherche

« Attachement anxieux », « évitant », « sécure » : ces mots circulent beaucoup, souvent sous forme de tests en ligne. Voici d'où vient la théorie de l'attachement, ce que la recherche en dit réellement, et les précautions à garder.

Publié le 6 min de lecture

Vous avez peut-être déjà fait un test en ligne qui vous a annoncé un « attachement anxieux » ou « évitant ». La théorie de l’attachement est devenue l’une des notions de psychologie les plus partagées sur les réseaux sociaux. C’est une théorie sérieuse, étudiée depuis des décennies. Mais sa version populaire la simplifie souvent beaucoup. Cet article fait partie de notre guide Relations et connaissance de soi.

Aux origines : un besoin de sécurité chez le tout-petit

La théorie de l’attachement est née des travaux du psychanalyste britannique John Bowlby. Il s’intéressait à la détresse des jeunes enfants séparés de leurs parents. Il y a vu un système de motivation, façonné au fil de l’évolution, qui pousse l’enfant à rester proche d’une figure protectrice : une réaction adaptative plutôt qu’un caprice2.

Concrètement, un bébé a besoin de se sentir aimé et en sécurité pour se développer au mieux. Ce lien se construit au quotidien, par exemple quand un adulte le prend dans ses bras lorsqu’il pleure1. Il ne concerne pas seulement la mère : l’enfant peut s’attacher à un ou plusieurs adultes attentifs à ses besoins, comme l’autre parent, des parents adoptifs, des beaux-parents ou une tante1.

Selon Santé publique France, un attachement sécurisant favorise la confiance de l’enfant en lui-même, sa capacité à gérer ses émotions et à nouer plus tard des relations stables et de qualité1.

Ainsworth et la « situation étrange »

La psychologue Mary Ainsworth a prolongé ces idées par l’observation. Elle a mis au point une procédure de laboratoire, appelée « situation étrange », où des enfants d’environ un an sont brièvement séparés de leur parent, puis le retrouvent2. Ce qui intéresse les chercheurs, c’est surtout le moment des retrouvailles.

Trois grands profils ont été décrits2 :

  • les enfants sécures recherchent activement le parent à son retour et se laissent facilement consoler ; ils représentaient environ 60 % des enfants observés ;
  • les enfants anxieux-résistants sont très perturbés par la séparation et difficiles à apaiser ; environ 20 % ou moins ;
  • les enfants évitants semblent peu affectés et évitent le contact au retour du parent ; environ 20 %.

Ces chiffres rappellent un point souvent oublié : un attachement « insécure » chez l’enfant est fréquent. Ce n’est pas, en soi, un signe de maladie ni la preuve que les parents ont mal fait.

Chez l’adulte : deux dimensions plutôt que trois boîtes

À la fin des années 1980, les chercheurs Cindy Hazan et Phillip Shaver ont proposé d’appliquer ces idées aux relations amoureuses. Selon eux, un ou une partenaire peut jouer pour l’adulte un rôle comparable à celui de la figure d’attachement pour l’enfant2.

Les recherches ont ensuite montré que l’attachement adulte se décrit mieux avec deux dimensions qu’avec des catégories2 :

  • l’anxiété d’attachement : s’inquiéter de savoir si l’autre est disponible, attentif, s’il tient vraiment à la relation ;
  • l’évitement : préférer ne pas dépendre des autres, avoir du mal à s’ouvrir et à être proche.

Une personne dite « sécure » est simplement quelqu’un de plutôt bas sur ces deux dimensions2 4. Pour la plupart des chercheurs, les styles d’attachement varient en degré, pas en nature : on est plus ou moins anxieux, plus ou moins évitant, et non « de type A » ou « de type B »2.

À retenir

L’attachement adulte se mesure sur deux axes continus, l’anxiété et l’évitement. Les « styles » sont des raccourcis pour décrire des tendances plus ou moins marquées, pas des cases étanches dans lesquelles chacun serait rangé.

Ce qui est établi, ce qui est discuté

Ce qui fait consensus

  • Le besoin de proximité et de sécurité avec des figures protectrices est central dans le développement de l’enfant1 2.
  • Les différences entre adultes se décrivent bien par l’anxiété et l’évitement, sur un continuum2.
  • Les relations d’attachement sont à l’origine de certaines des expériences émotionnelles les plus intenses, qu’elles commencent, durent ou se terminent3.

Ce qui reste nuancé ou débattu

  • Le lien entre l’enfance et l’âge adulte est modeste. La façon dont on était attaché à ses parents n’est liée que de façon faible à modérée à la façon dont on s’attache à un partenaire2. Fraley rappelle que la stabilité de l’attachement au fil de la vie doit être traitée comme une question à vérifier, pas comme une évidence de la théorie2.
  • Les styles peuvent évoluer. Ils ne sont pas immuables : des événements de vie et des proches attentifs peuvent aider une personne à se sentir plus en sécurité dans ses relations4.
  • Les causes restent discutées. Ce qui rend certaines personnes plus ou moins en sécurité dans leurs relations proches fait toujours partie des débats ouverts de la recherche3.
  • Beaucoup de résultats sont des corrélations. Par exemple, des liens entre style d’attachement et bien-être chez les célibataires ont été observés, sans que cela suffise à établir une cause4.

Les tests en ligne : à prendre avec beaucoup de recul

Les chercheurs utilisent des questionnaires précis, construits et vérifiés, qui donnent des scores sur les deux dimensions2. Beaucoup de tests grand public fonctionnent autrement : quelques questions, puis un verdict en une seule catégorie. Cela pose plusieurs problèmes.

  • Ils transforment un continuum en étiquette. Deux personnes aux réponses presque identiques peuvent recevoir des « styles » différents.
  • Ils captent un moment. Une rupture récente, une période de doute ou une relation difficile peuvent colorer fortement les réponses.
  • Ils mélangent les relations. On peut se sentir serein avec un ami de longue date et inquiet dans une relation amoureuse naissante.
  • Ils ne disent rien de l’avenir. Un résultat n’est ni un destin ni un diagnostic.

Imaginons Léa, qui obtient « attachement anxieux » après un test trouvé sur les réseaux sociaux, la semaine où son compagnon ne répond pas à ses messages. Le résultat décrit peut-être ce qu’elle ressent ce jour-là. Il ne dit pas qui elle est, ni comment elle sera dans un an, ni ce qui se joue réellement dans ce couple.

Notre quiz sur l’attachement ne vous attribuera pas de style : il vérifie seulement ce que vous avez retenu de la théorie.

Utiliser la théorie avec bon sens

La théorie de l’attachement peut aider à mettre des mots sur certaines réactions : le besoin d’être rassuré, l’envie de prendre de la distance quand une relation devient très proche. Elle est plus utile comme une question (« qu’est-ce qui m’inquiète dans cette situation ? ») que comme une réponse définitive.

Quelques repères :

  • observer ses réactions dans plusieurs relations, plutôt que dans une seule ;
  • distinguer ce que l’on ressent (une inquiétude) de ce que l’on en conclut (« il va forcément partir ») : nos interprétations ne sont pas toujours fiables, comme le montrent les biais cognitifs ;
  • éviter de coller une étiquette à son ou sa partenaire : « tu es évitant » ferme la discussion, « j’ai besoin qu’on se parle le soir » l’ouvre. Notre article sur l’affirmation de soi propose des repères pour formuler ce type de demande.

Les émotions que réveillent nos relations, comme la peur de perdre l’autre, ont elles aussi un rôle : nous l’expliquons dans à quoi servent les émotions. Et pour la différence entre ces tendances relationnelles et des traits plus généraux, voyez ce que la psychologie dit des traits de personnalité.

Quand consulter

Si la peur d’être abandonné, ou au contraire une grande difficulté à vous rapprocher des autres, vous fait souffrir de façon durable ou abîme vos relations, en parler peut aider. Une personne de confiance est souvent un premier pas, et un professionnel de la santé mentale peut prendre le relais quand c’est nécessaire5. Pour savoir vers qui vous tourner, lisez psychiatre ou psychologue : qui consulter ?.

Cet article fait partie de l’ensemble Relations et connaissance de soi.

Cet article informe et aide à comprendre. Il ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un psychologue, qui seuls peuvent évaluer une situation personnelle.

Sources

  1. Santé publique France (Santé.fr, 1000 Premiers Jours) Le lien d'attachement parents-enfant (publié le 2 août 2024, consulté le 21 octobre 2026)
  2. University of Illinois – R. C. Fraley A Brief Overview of Adult Attachment Theory and Research (date non indiquée par la source, consulté le 21 octobre 2026)
  3. University of Illinois – R. C. Fraley (Annual Review of Psychology) Attachment in Adulthood: Recent Developments, Emerging Debates, and Future Directions (publié le 4 janvier 2019, consulté le 21 octobre 2026)
  4. The Conversation – C. Pepping (Griffith University), G. Macdonald (University of Toronto), T. Cronin (La Trobe University), Y. Girme (Simon Fraser University) Pourriez-vous être un célibataire heureux ? Tout dépend de votre type d'attachement (publié le 10 mai 2024, consulté le 21 octobre 2026)
  5. Psycom S'aider soi-même, des outils pour tous (daté du 29 septembre 2026, consulté le 21 octobre 2026)

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