Archives de catégorie : Histoire vécue en psychiatrie

La Bouteille cachée de Marie-France

La Bouteille

Marie-France avait fait de nombreuses démarches pour changer de lieu de prise en charge et venir parmi nous. Elle avait déjà eu l’habitude d’être hospitalisée sur son secteur à de multiples reprises pour des syndromes anxio-dépressifs et des cures de sevrage dans un contexte de consommation chronique d’alcool. Un diagnostic de bipolarité traînait dans les cartons. Son ordonnance faisait peur. Tant de lignes.  A son âge.

A peine la trentaine, d’origine antillaise, Marie-France cumulait un certain nombre de difficultés.  Bringueballée dans sa petite enfance à la suite de la séparation de ses parents, elle avait côtoyé un certain nombre de beaux-pères du fait de l’instabilité de sa mère dans les relations amoureuses. Sa mère n’avait pas été en mesure de lui fixer des limites claires car elle avait elle-même eu du mal à se les représenter de par sa propre expérience globalement anarchique. Alors Marie-France ne savait pas trop où elle campait. Sa vie était faite de ruptures.

Sur le plan professionnel, elle enchaînait des contrats courts, se fâchait avec ses collègues, ses patrons, repassait pas la case Assedic puis Pôle Emploi. Elle avait fait tellement de métiers différents qu’elle aurait presque déjà pu dresser un inventaire de la diversité de l’emploi en France. Précaire, bien entendu! Marie-France avait bossé dans la vente et la restauration sur différents postes, mais elle avait aussi fait des jobs comme plier et rouler des affiches publicitaires, trier des factures, coller des timbres, peindre des figurines, faire des saisons loin de chez elle en vendant des chouchous sur la plage, aidant pour les vendanges…

Bref, Marie-France avait vu du paysage et rencontré des gens différents  suffisamment régulièrement pour ne pas avoir d’attaches fixes. Elle considérait que l’Homme était plus un problème qu’une solution et commençait à devenir sérieusement misanthrope. La seule, qui avait grâce à ses yeux, de plus en plus au cours de sa vie, était La Bouteille. Toujours rassurante, apaisante et disponible, si elle en mettait le prix. Jamais un mot plus haut que l’autre. La Bouteille lui conférait ce qui lui semblait le plus important dans cette vie qui générait un embouteillage au sein de ses pensées: leur progressive dissolution, jusqu’à l’oubli.

Seul hic, qui revenait tel un boomerang dès le lendemain, les conséquences relationnelles. Les amis, elle en avait soupé. Mais là, elle avait sérieusement réussi à se brouiller avec sa mère et sa soeur, d’une manière qui lui semblait irréversible. Marie-France ne pouvait désormais plus compter que sur elle-même.

Cette jeune femme pleine de ressources qui avait aussi mis un terme à sa prise en charge addictologique antérieure avait remué ciel et terre pour venir se faire hospitaliser sur le service où je travaillais à ce moment. Elle voulait qu’on réévalue les diagnostics et les traitements qu’elle avait et en profiter pour faire un énième sevrage de La Bouteille (voir ici pour une autre histoire de sevrage chez un pilote de ligne).

Le programme avait l’air alléchant. L’équipe de soins était motivée. Personnellement, j’étais curieuse de la manière avec laquelle mon chef de l’époque allait procéder, car en étudiant le dossier médical et les comptes-rendus qui nous avaient été transférés des établissements de soins qui avaient déjà eu l’occasion de s’occuper de Marie-France, je sentais que nous n’étions pas au bout de nos peines. Outre l’addiction à l’alcool, il y avait eu aussi de nombreuses autres addictions, au cannabis, à la cocaïne, aux médicaments anxiolytiques  (voir cet article sur Huguette et l’arrêt des gouttes) et antalgiques, aux jeux d’argent.

L’impulsivité de Marie-France ne se cantonnait pas aux addictions. Elle se mettait aussi en danger sur le plan alimentaire, avec des crises de  boulimie. Baffrant par exemple deux brioches de quatre-cent grammes et deux tablettes de chocolat en quelques minutes. La culpabilité se déclenchait sitôt l’exploit achevé, l’estomac dilaté. Marie-France usait alors de son fameux pistolet manuel,  l’index et le majeur lui chatouillant le fond de la gorge pour stimuler le réflexe nauséeux et ainsi se vider de son forfait. Allégée du poids acquis temporairement, la culpabilité se dégonflait automatiquement. Jusqu’à nouvel ordre…

Par ailleurs, elle avait aussi une conduite “sportive”. Et il n’était pas rare que Marie-France soit sous l’emprise de l’alcool au volant. Malgré une certaine chance, elle avait tout de même perdu un certain nombre de points de son permis.  Et elle n’était plus très loin de se le faire retirer à la prochaine incartade.

Toutes ces caractéristiques de personnalité laissaient entendre qu’il y avait probablement un trouble de personnalité limite ou borderline sous-jacent (voir cet article pour une autre vignette illustrant cette problématique)

Du fait de son bagout certain, elle avait réussi le tour de force de garer sa voiture non loin du service, sur des places habituellement réservées à des professionnels de santé. Ayant voulu ramener tout son domicile à l’hôpital, comme ses trois valises ne rentraient pas dans le placard de la chambre du service, elle stockait aussi dans sa voiture. Où elle faisait donc régulièrement des petits passages.

Jusque-là, les choses se passaient bien. Nous avions pu progressivement alléger son ordonnance en antalgiques jusqu’à pouvoir retirer ceux de pallier deux et trois, en accord avec l’équipe mobile de la douleur, réduire le nombre d’anxiolytiques pour ne garder plus qu’une seule molécule (elle en avait quatre!) et faire un travail sur le traitement de fond qui associait trop de régulateurs de l’humeur, d’antidépresseurs et d’antipsychotiques pour qu’on puisse avoir une vision claire.

Au bout d’un moment, nous avons par contre senti la réserve qu’avait Marie-France à la diminution de l’anxiolytique qui restait. Et malgré des changements de vêtements pas aussi fréquents qu’il eût été légitime de retrouver, elle faisait des passages à sa voiture qui semblaient se multiplier. Jusqu’au jour ou un soignant a pu la voir “se recharger” dans sa voiture, qui en fait contenait un certain nombre de litres de rhum, destinés à ce qu’elle puisse tenir son hospitalisation qui avait vocation à ce qu’elle puisse se sevrer de l’alcool…

Un classique que j’avais déjà vu lors de remplacements en clinique. Et qui mettait en exergue la difficulté de l’aide portée aux personnes désirant rompre avec la substance pour laquelle la dépendance rendait la motivation au sevrage relativement fragile. Certains pouvaient avoir la “bonne volonté” de tout mettre en oeuvre pour que cela puisse marcher. Faire en sorte que toutes les cartes soient de leur côté. D’autres, à l’avance, prévoient qu’ils craqueront et facilitent la rechute avant même de parvenir au sevrage d’une durée suffisante en se gardant sous le coude de quoi tenir, au cas où cela serait trop dur. Tout en laissant croire aux soignants que leur désir reste intact de parvenir au but initialement recherché.

Il s’agit en fait de la banale ambivalence dont on parle souvent dans le métier de psy (mettez ici le suffixe de votre choix et pour vous y référer, n’hésitez pas à cliquer sur l’article suivant pour différencier les différents psy). Cette ambivalence est particulièrement importante dans le contexte du sevrage, aussi bien pour les dépendances avec substances que sans. La volonté étant un processus labile, pouvant passer d’un ancrage à l’allure stable, à un moment donné, à une notion bien plus éthérée, parfois pour certain·e·s quelques minutes après avoir fait état de cette détermination à l’aboutissement d’une action.

Pour revenir à Marie-France, nous étions assez embêté·e·s. Comme dans un certain nombre d’institutions, il y avait des règles en vigueur, dont l’application permettait une gestion du service pour éviter le règne de l’anarchie. Certaines, logiques, légitimes, explicables. D’autres, parfois plus arbitraires. En l’occurrence, l’exclusion des personnes qui font rentrer dans l’établissement de soins le produit pour lequel ils viennent effectuer un sevrage est un classique des règles, jugées arbitraires par certains et logique pour d’autres.

Nous aurions été à l’armée, j’aurais compris. Les règles sont les règles, aussi stupides qu’elles puissent être. Mais en médecine, si l’on considère l’intérêt du patient comme le coeur de notre objectif de prise en charge, l’application de certaines règles me semble contre-productive. Malgré mon argumentaire, il me fut opposé que si l’on commençait comme cela, l’anarchie allait s’installer. Qu’il n’y aurait plus de sens à nos prises en charge.

Marie-France a ainsi été “virée” du service, comme la mauvaise élève qu’elle avait été au collège, pour les mêmes comportements jugés non respectueux de l’institution.

Ma curiosité du début s’était transformée en une immense frustration. Le travail avait été fait à moitié. Son ordonnance allégée, la Bouteille faisait encore partie de son quotidien…

Annie, nue en isolement pour sa tentative de suicide

nue en isolement

Alors que je travaillais dans un hôpital de secteur psychiatrique, une patiente a été gravée dans ma mémoire. Je n’ai pourtant eu l’occasion de la voir qu’une seule fois, en chambre d’isolement (voir l’histoire de Piotr, dans des conditions similaires). Annie avait une grosse cinquantaine d’années, les cheveux longs, raides, de couleur poivre et sel. Le sel commençait nettement à dominer sur le poivre. Elle présentait un embonpoint certain, l’air fatigué, anxieuse. Une brosse à dent n’avait pas souvent dû rencontrer les siennes.

Dans sa chambre d’isolement, il n’y avait qu’un matelas. Pas de draps ni de couvertures, aucun objet risquant d’être détourné de ses fonctions pour être utilisé à “mauvais escient”.

Annie était en effet suicidaire et pour la protéger d’un geste agressif envers elle-même, tout objet pouvant avoir un rôle potentiel dans un passage à l’acte avait été retiré.

Elle se trouvait donc intégralement nue en isolement, recroquevillée en position fœtale sur son matelas en plastique non déchirable et non inflammable.

Au cours de l’entretien et en consultant son dossier médical, il semblait évident qu’Annie souffrait d’un trouble bipolaire de type 1 (voir l’histoire de Colas, souffrant de trouble bipolaire de type 2). Elle faisait des épisodes maniaques délirants avec insomnie totale, agitation, au cours desquels elle faisait n’importe quoi. A côté de cela, elle avait des dépressions sévères pendant lesquelles elle délirait aussi, avec des idées suicidaires et des tentatives de passage à l’acte qui nécessitaient de la protéger.

“Une” chose cependant me froissait dans sa prise en charge. Son traitement depuis 30 ans était de l’Haldol, un antipsychotique dit de première génération (voir cet article sur les antipsychotiques). Un traitement très efficace contre la schizophrénie, les épisodes délirants de manière générale ou dans le contexte des épisodes maniaques sur des durées restreintes. Mais qui est moins indiqué comme traitement de fond d’un trouble bipolaire. Même à l’époque où cette maladie se nommait maladie maniaco-dépressive ou encore avant psychose maniaco-dépressive. En effet, dans le trouble bipolaire, un traitement régulateur de l’humeur est mieux indiqué pour soigner au mieux ce type de pathologie.

Annie était hospitalisée cette fois-ci pour une dépression sévère avec un délire de ruine et des idées suicidaires très présentes ayant occasionné déjà deux tentatives de passage à l’acte pour cet épisode (voir le passage à l’acte de Nicolas dans le service). Une première fois elle avait tenté de mourir en prenant tous ses traitement au domicile, ce pourquoi elle avait d’abord été hospitalisée aux urgences puis en réanimation quelques jours avant son transfert dans l’hôpital psychiatrique. Elle était restée suicidaire et avait à nouveau tenté de se tuer dans le service à l’époque où elle était en chambre normale. Elle avait utilisé ses draps pour se pendre et avait été rattrapée de justesse avant que les choses ne dégénèrent.

C’est pour ces raisons qu’elle se retrouvait donc face à moi ce jour-là, nue comme un ver, dans cette pièce sombre et inhospitalière.

Elle était encore suicidaire et malgré la détresse qui se lisait dans son visage et qu’elle exprimait par la crainte de rester seule, encore une fois, il fallait reconduire cette fichue prescription d’isolement thérapeutique. Pour la sauver contre son gré. Et l’empêcher de mourir.

En espérant qu’elle croise vit la route d’un·e psychiatre qui changera son traitement et lui mettra un régulateur de l’humeur…

Etre psychiatre et hospitalisé en psychiatrie

psychiatre et hospitalisé

Alors que j’étais jeune interne, j’ai fait la connaissance de Jean-Edouard, se retrouvant dans une situation un peu délicate. Hospitalisé dans un service de psychiatrie de l’hôpital général. Lui, qui est psychiatre.

Bien évidemment il ne se pensait pas immunisé contre la maladie mentale en étant soignant dans ce domaine. Il avait d’ailleurs déjà eu deux dépressions au cours de sa vie. Mais tout de même. Se faire poser le diagnostic de dépression mélancolique. Dans sa fonction et à son âge. Cela signifiait tellement de choses. Dont il ne pouvait être rassuré. Jean-Edouard savait tout. Il anticipait le déroulé de la situation. Ce qui participait à la majoration de son anxiété. Le Sachant a une longueur d’avance sur le Non-Sachant. Mais à quel prix. Celui de la crainte et du catastrophisme. En ayant vu le pire, le grave, la tendance à sélectionner les histoires de patients qui ont le plus mal tourné amenait Jean-Edouard à s’imaginer avoir tous les critères de gravité possibles et être sûr d’avoir tous les effets indésirables les plus gratinés des thérapeutiques qui pourraient être proposées.

Pour être claire, dans une situation comme celle dans laquelle il était, Jean-Edouard pouvait bénéficier soit d’un traitement pharmacologique par antidépresseurs, à l’ancienne, en intraveineux, soit d’un traitement par électroconvulsivothérapie (ECT, aussi appelé sismothérapie ou électrochocs (voir cet article sur le même sujet).

Le meilleur traitement et le plus rapidement efficace est la solution qui reste dans l’imaginaire collectif la plus intimidante (voir cet article sur Fort Boyard et l’image de la psy en France). Pour les psychiatres, le référentiel n’est pas l’imaginaire, la littérature ou le cinéma (même si l’on peut s’en nourrir et l’intégrer), mais l’expérience clinique. Cependant, chaque expérience clinique est subjective. Et si tous les médecins ne se basaient que sur leurs expériences cliniques, la médecine n’aurait pas avancé aussi vite. La science, les études organisées, vérifiées, répétées, ont permis de partager les connaissances et ne pas se limiter aux siennes propres. Scientifiquement, dans le contexte de sa maladie, le traitement de choix pour aller au plus vite vers une amélioration durable était donc l’ECT.

Mais pour Jean-Edouard, ce n’était pas possible. Dans son expérience personnelle de psychiatre, il avait vu trop de patients avec des effets indésirables qu’il ne pouvait tolérer avoir. Perdre la mémoire, même transitoirement, était inacceptable pour lui. Cela l’angoissait terriblement.

Car oui, ce traitement de choix a la possibilité relativement fréquente de donner des troubles mnésiques. Le plus souvent, il ne s’agit que de troubles de l’encodage durant la période des chocs. Cela signifie que les personnes oublient entre deux séances un certain nombre d’événements qui leur sont arrivés. Surtout lors de ce qu’on appelle le traitement d’attaque. C’est une période ou les chocs sont rapprochés, au début, avec deux ou trois séances par semaine, pour faire rapidement régresser les symptômes. Habituellement il n’y a pas d’impact sur la mémoire des événements arrivés avant le début des chocs et après la fin des chocs. Parfois, cela peut déborder et des pans entiers de mémoire semblent avoir disparu. La plupart du temps, quand cela arrive, c’est en fait comme si les souvenirs avaient joué au Rubik’s cube. Ils sont là, présents, mais mélangés. Il faut donc avoir la patience de pouvoir les retrouver, redécouvrir le chemin d’accès de leur nouvelle cachette.

Alors Jean-Edouard a choisi de refuser cette technique. Il a préféré sa bonne vieille perfusion d’ANAFRANIL (Clomipramine). D’autres effets indésirables peuvent survenir, mais ceux-là, il n’en avait pas peur. Ce n’était que du physique. Ce psychiatre sensible à la perte de contrôle garderait sa conscience de lui-même pleine et entière. Il ne risquerait pas sa mémoire, si précieuse.

Pour cette fois-ci, il avait eu le nez creux. Même si cette dépression était beaucoup plus grave que celles qu’il avait vécues par le passé, le traitement médicamenteux seul avait suffit à lui faire recouvrer toutes ses aptitudes. Jean-Edouard avait pu guérir de sa dépression. Reprendre le travail auprès de ses patients. Et amoindrir la culpabilité de les avoir un temps abandonnés.

Il avait su ce qui était le mieux pour lui. Nous l’avons écouté. Et ce malgré nos a priori sur ce que nous pensions qui aurait le plus d’efficacité le plus rapidement et la tentation d’essayer de le convaincre. Bien nous en prit. Jean-Edouard est guéri!

Paulette, séductrice de 93 ans, terrasse la dépression!

séductrice

 

Paulette est rentrée dans le service de psychiatrie de l’hôpital général où je travaillais car elle n’y arrivait plus. A quatre-vingt-treize ans, cette fraîche personne âgée ne s’en sortait plus à domicile.

Paulette avait été secrétaire particulière d’un magnat de l’immobilier parti faire fortune aux Etats-Unis, où elle a vécu quelques dizaines d’années. Ayant eu de nombreux amants dans sa vie, elle ne s’était jamais mariée et n’avait jamais eu d’enfants. Belle blonde aux yeux bleus, Paulette avait vécu pas mal de choses dans sa longue vie, qu’elle ne regrettait pas. Les hasards des rencontres et les différents choix faits ne l’avaient pas amenée à être mère, et logiquement donc pas grand-mère. Cela ne lui posait pas de problème. Cette femme à forte personnalité avait des dons artistiques, tant dans le dessin, la peinture, que dans le chant. Paulette avait aussi été la muse d’autres artistes. Son débordement de vie lui avait permis de rencontrer pas mal de monde et elle avait eu de nombreux·ses ami·e·s. Bien évidemment, du fait de son grand âge, Paulette avait eu l’occasion d’en voir mourir l’écrasante majorité. Du coup, comme beaucoup de personnes approchant du centenaire, elle souffrait de cette fameuse maladie du siècle, grandissante dans nos sociétés occidentales: la solitude.

Alors Paulette s’était organisée en hébergeant une personne chez elle qui en contrepartie l’aidait à faire les choses qu’elle avait de moins en moins de facilité à faire (voir cet article sur une autre patiente ayant eu la même idée). Le ménage, les courses pour porter les choses trop lourdes pour elle, un peu de cuisine. Augustine n’était pas aide à la personne à proprement parler mais officiait comme tel en bénéficiant du logement trop grand de Paulette. Elles fonctionnaient bien toutes les deux et chacune y trouvait son compte. Jusqu’à ce que Paulette chute et se fasse une fracture du col du fémur droit. La fameuse. La fracture bien connue des gériatres comme génératrice d’une perte d’autonomie responsable d’un risque élevé de décès chez le sujet âgé. Comme il se doit, Paulette a été hospitalisée, d’abord en orthopédie pour bénéficier d’une PTH (prothèse totale de hanche), puis en centre de rééducation afin de récupérer son aptitude à la marche. Elle était motivée. Puis, notre adorable nonagénaire est rentrée au domicile.

Et c’est là que tout s’est gâté. Augustine avait fait comme chez elle en son absence. Elle avait remanié l’appartement de Paulette qui du coup ne reconnaissait plus son chez elle. Cela l’avait désorientée. Ne retrouvant plus ses repères, il y avait une perte de temps, une désorganisation et une terrible sensation de désappropriation. Mais Augustine avait tellement fait pour elle qu’elle n’osait pas se plaindre. Paulette tentait de s’en sortir, et ravalait sa colère, son désarroi. Tout en ruminant à ce sujet. Au début de manière tolérable. Et progressivement jusqu’à l’envahir à chaque instant de son éveil. Ainsi que de ses rêves. Paulette en était arrivée à une dépression mélancolique. Elle ne quittait plus son lit, ne se lavait plus, ne s’habillait plus, elle qui était en temps habituel si coquette. Plus rien ne comptait. Elle pensait finir à la rue, que son appartement n’était plus le sien (voir cet autre article illustrant le vécu dépressif sévère d’un autre patient).

Emilie, une nièce par alliance était la seule personne ressource qui lui semblait bienveillante. De loin, elle comprit que la situation nécessitait une prise en charge psychiatrique et fit la démarche de se rapprocher de notre service. C’est comme ça que j’ai fait la connaissance de Paulette.

Du fond des entrailles de la Terre, elle est rapidement revenue, par un traitement antidépresseur bien conduit. Bonne répondeuse, j’ai vu cette vieille personne initialement désincarnée, morte vivante, reprendre progressivement une prestance impressionnante. Paulette, du haut de ses quatre-vingt-treize ans, se remettait à se maquiller avec soins, mettre de la lingerie fine qui la rendait ultra sexy et avait des attitudes aguicheuses qui avait même fait dire à l’un de mes internes de l’époque:

  • J’aurai bien aimé la connaître avec soixante ou soixante-dix ans de moins. Elle devait être une sacré bombasse! J’avoue que même à cet âge ça me fait quelque chose…

Et il est vrai que l’on sentait la séductrice qu’elle avait dû être toute sa vie.  Remise d’aplomb, elle était de nouveau capable de chanter tel le rossignol, avec une voix qui n’avait rien à envier à celle des chanteuses professionnelles arrivées à cet âge glorieux. Plaire était dans son ADN. Les rides et les autres traces du temps écoulé que son corps avait gardé ne masquaient pas la jeune femme qu’elle était encore, éternellement. Son esprit vif et espiègle, curieux et aventureux n’avait pas changé et l’on ne sentait pas la marque des années passées sur elle.

Naturellement, elle est sortie du service pour retourner chez elle. En prenant soin de voir avec sa nièce comment gérer avec Augustine ce retour.

Manifestement, nous n’avions pas été suffisamment vigilant·e·s et prévoyant·e·s. Car deux mois après, Paulette est revenue dans le service dans le même état que la fois précédente. L’ombre d’elle même. Quasi mutique. Incapable de se débrouiller à la maison.

A nouveau, mais sur un temps beaucoup plus long, Paulette s’est remise de cette rechute dépressive. Le rossignol chantait à nouveau! Nous ne savions initialement pas si cette rechute marquait uniquement un trouble de l’humeur ou si cela ne signait pas un processus démentiel débutant sous-jacent. Nous lui avons donc fait un bilan neuropsychologique. Il était rassurant. Paulette n’avait pas de maladie d’Alzheimer ni d’autre démence. Mais elle avait été échaudée par l’expérience du retour au domicile. Et du fait de la moindre confiance qu’elle avait en Augustine, et de l’insistance de sa nièce Emilie, Paulette finit par accepter d’aller au mouroir. C’est ainsi qu’elle nommait la maison de retraite ou EHPAD pour Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (voir cet article relatant le vécu de l’intérieur d’une employée d’EHPAD).

Les dernières fois que j’ai vu Paulette en consultation, elle allait bien. Elle me tenait au courant de l’ambiance de son lieu de villégiature.

  • Non mais vous imaginez docteure, il n’y a que des vieux là-dedans. Ce n’est pas comme ça que je vais trouver l’amour de ma vie!  
  • Vous oubliez votre âge? vous n’êtes pas forcément la plus jeune, non? lui rétorquais-je, amusée.
  • Popopo! L’âge, c’est dans la tête. Je ne m’accorde pas avec la majorité de ces gens-là. Ils étaient déjà vieux avant de rentrer au mouroir, mais là-bas, on nous y précipite, vers la fin.
  • Qu’entendez-vous par cela?
  • L’infantilisation est la sensation la plus désagréable que je peux ressentir au quotidien. Des employé·e·s nous parlent comme à des gamins  de quatre ans. Ça m’horripile. Alors je le fais savoir. Et je ne suis pas forcément très aimée. Mais je m’en fout. Le respect doit être bilatéral.
  • Effectivement, ça ne doit pas être très agréable.
  • Pour compléter, la nourriture est sans saveur. Les cuissons abominables. Ils se trompent régulièrement de menus. Les activités manquent d’entrain. Mais du coup je m’engage. J’ai fait signer une pétition par les autres résidents et leurs familles pour obtenir une cuisine plus décente. Et cela a été pris en compte!
  • Ça ne m’étonne pas de vous. Gardez cet état d’esprit que vous avez toujours eu. Il continuera de vous emmener loin.

Partie de l’hôpital, je ne sais pas ce que Paulette est devenue. Mais elle m’a marquée. J’espère que j’aurai autant la pêche qu’elle plus tard.

Quand j’y repense, je me demande bien ce qui conserve tant. La coquetterie? La jeunesse de l’état d’esprit? Ou le fait de ne pas avoir eu d’enfants?

C’est râpé pour le dernier critère, mais je crois que je vais  un peu plus m’investir dans les deux premiers…

 

Victor ou des JO (jeux olympiques) à l’HO (hospitalisation d’office)!

JO à HO

Victor m’a marquée pour plusieurs raisons. Il avait eu un destin brisé et il illustrait le principe souvent vérifié que l’intensité de la maladie mentale est inversement proportionnelle à l’intensité des décompensations somatiques par ailleurs.

Je l’ai rencontré à l’hôpital psychiatrique lorsque j’étais interne. Victor était là depuis déjà quelques semaines et connaissait bien les lieux. Ce n’était pas son premier séjour, loin de là. Il souffrait d’une schizophrénie paranoïde avec un délire de persécution mais avait eu une vie riche en émotions. Gymnaste de haut niveau lorsqu’il était plus jeune, Victor avait été sélectionné pour participer aux jeux olympiques. Il s’était longuement préparé mais peu avant d’y aller il s’était mal réceptionné sur un saut et s’était fracturé les deux poignets. Abattu de cette malchance, Victor avait déclenché sa maladie peu de temps après et n’avait jamais pu revenir à sa profession. Il restait très costaud, très actif, mais il délirait souvent et retournait régulièrement à l’hôpital.

Victor, comme beaucoup de patients souffrant de schizophrénie, n’avait pas toujours conscience qu’il était malade et refusait par moments de conserver un traitement indispensable au long cours pour éviter les rechutes. Il revenait donc souvent dans ce lieu qu’il était en mesure de faire visiter aux nouveaux arrivants comme un guide de musée.

Quelques années avant, Victor avait été hospitalisé sous contrainte en HO (hospitalisation d’office, devenue depuis SPDRE pour Soins Psychiatriques à la Demande d’un Représentant de l’Etat). Il avait eu la bonne idée de participer au défilé militaire du 14 juillet et ce n’est qu’au bout de plusieurs minutes que la sécurité a pu constater qu’il n’avait pas le même uniforme que le reste du groupe dans lequel il s’était faufilé. Ayant une arme blanche sur lui, Victor fut rapidement pris en charge par l’Infirmerie de la Préfecture de Police de Paris (I3P dans le jargons des psychiatres) après avis du Préfet. Puis transféré sur son secteur en HO dès que la situation fut tirée au clair.

Contrairement à d’autres, il avait agi dans un contexte délirant et n’avait pas eu l’intention de tuer le président. Après ces frasques, Victor resta un bon moment hospitalisé et il lui fut donné un traitement dit retard (voir cet article sur les traitements antipsychotiques).

Il s’agissait d’injections intramusculaires d’un traitement neuroleptique dispensées toutes les quatre semaines. Cela permet aux patients qui ont tendance à souvent oublier les médicaments ou qui sont réfractaires à une prise quotidienne de pouvoir être tout de même pris en charge de manière efficace, tout en se sentant malades moins souvent. Le rappel de la conscience de la maladie n’est plus quotidien mais mensuel. Ce qui pour certains est beaucoup plus acceptables. Pour d’autres, cette modalité d’administration est mal vécue car elle peut rappeler les injections intramusculaires des traitements dispensés dans le contexte de passages à l’acte agressifs ou de refus de traitements par la bouche. Mais ce sont biens deux choses différentes. Même si cela peut déclencher des souvenirs avec des similitudes existantes.

Victor avait donc à la suite de cette hospitalisation des injections retard pour lesquelles il allait au centre médicopsychologique (CMP) toutes les 4 semaines. Cela se passait bien. Plusieurs années durant. Jusqu’à l’oubli d’un rendez-vous. Et par un concours de circonstances, malgré les relances du CMP, il s’est passé plusieurs semaines sans que Victor puisse bénéficier de son traitement. Il a rechuté, avec un délire de persécution assez floride qui a nécessité de le réhospitaliser. Très volubile, comme une pile électrique, son esprit partait dans tous les sens et il interprétait tout ce qui pouvait y avoir dans son environnement. Parfois très drôle, souvent incompréhensible, l’arborescence de sa pensée rendait Victor touchant. Son imagination débordait, suintait de cet esprit confus. Médicalement, nous avons sur le moment vu devant l’agitation et la vitesse de sa pensée et de son expression  un trouble schizoaffectif avec un épisode d’allure maniaque qui se manifestait. En ajoutant un traitement régulateur de l’humeur à cet effet, Victor a pu décélérer progressivement. Mais un épisode intercurrent retint mon attention. Un jour Victor eut une plainte inhabituelle. Une douleur abdominale violente, intense, avec de la fièvre. Après un examen clinique et une prise de sang, on posa le diagnostic de pancréatite aiguë. Devant la chronologie, nul doute qu’il s’agissait d’un effet indésirable du traitement thymorégulateur que nous avions introduit peu de temps avant. J’avoue que ce jour là je ne fus pas peu fière d’avoir eu l’idée de doser les enzymes du pancréas ayant permis de trancher. Parce que sur le Vidal, cet effet indésirable était marqué comme rare à l’époque (peu fréquent maintenant, avec précision du risque d’une “évolution fatale” si le traitement n’est pas arrêté précocement). Nous l’avons donc arrêté avec vélocité et hydraté Victor avec une perfusion contenant entre autre des antalgiques.

Ce qui me frappa par dessus tout était l’état psychiatrique de Victor quand il a commencé à avoir cette pancréatite. Méconnaissable, il était devenu posé, cohérent, lucide, capable de critiquer son délire avec justesse. Ce qui met en lumière ce que j’évoquais en début d’article et que j’ai eu l’occasion de voir dans de nombreuses circonstances: une personne avec une maladie psychiatrique aiguë, décompensée, a tendance à s’améliorer quand elle se retrouve avec une maladie somatique (physique, non psychiatrique) intercurrente. Avec dans certains cas des impressions de guérison complète. J’avais déjà eu une description dans cet article (Hara Kiri) de cette situation.

Des hypothèses de recherche sur une origine immuno-inflammatoire de certaines maladies psychiatriques tendent à compléter les interactions supposées entre l’état physique et la présence de maladies dites somatiques et l’état psychique avec la présence de maladies psychiatriques.

Faut-il pour autant imaginer provoquer des maladies physiques volontairement pour étudier le processus scientifiquement? Nul doute qu’aucun comité d’éthique ne pourrait laisser passer ce type de protocole pour tenter d’évaluer cette hypothèse.

Et heureusement!

Bien dormir ou maigrir: il faut choisir!

Dormir ou maigrir

Farida venait à ma consultation du fait de troubles du sommeil. Comme pas mal de patients que je suivais à l’hôpital général, elle avait déjà un traitement et la collègue qui la suivait avant avait réussi à l’équilibrer avec un traitement dont le rôle initial n’était pas vraiment celui de gérer les troubles du sommeil. Elle prenait un neuroleptique atypique (voir cet article expliquant ces traitements), l’olanzapine pour ne pas la nommer. Cette molécule peut avoir comme effet indésirable de sédater, fatiguer, faire dormir. Mais ce n’est pas le but premier. C’est assez fréquent en psychiatrie d’utiliser certaines molécules sans forcément respecter l’autorisation de mise sur le marché (AMM). Les laboratoires, lorsqu’ils font leurs études de validation, se contentent de démontrer que leur produit marche dans certains contextes. Ils laisseront les médecins ensuite prouver que cela peut marcher ailleurs. Cela fait des dépenses en moins.

Pour revenir à Farida, cette mère de deux adolescents était divorcée et avait un nouveau compagnon. Cela se passait bien. Elle me disait que les enfants s’accomodaient et s’entendaient bien avec lui. Et elle était amoureuse. Très amoureuse. Alors quand son Jules est parti dans le Sud pour se reconvertir en prof de plongée, Farida s’est retrouvée à devoir faire un choix difficile. Laisser les enfants à leur père complètement pour rejoindre Jules ou abandonner cette histoire d’amour qui se passait si bien.

Après s’être retourné le cerveau des jours durant, Farida fit le choix de ne pas vraiment faire de choix. Elle décida de passer un mois ici avec ses enfants et un mois dans le Sud avec son chéri. Farida ne pouvait pas se permettre financièrement de prendre le train toutes les semaines. C’est donc ce qui lui avait semblé le plus raisonnable. Ses enfants étaient assez grands pour se gérer une partie du temps, avec leur père pas trop loin. Et elle s’en occupait tout de même à distance, les avait souvent au téléphone, quand elle n’était pas là.

A ce moment, la prise en charge devint plus emaillée, plus compliquée. Il fallait bien se coordonner pour se voir.

Comme Farida passait du temps dans le Sud, elle était plus souvent en situation d’être confrontée à une partie de son anatomie visible aux yeux des autres. Oui, dans le Sud, on a l’air d’avoir tendance à s’habiller moins chaud que dans le Nord du pays. Et la visibilité de son corps avait entraîné chez Farida un désir de contrôle de son apparence plus important que par le passé. Or le traitement qu’elle prenait avait tendance à l’amener sur le terrain de la gourmandise. Et si Farida se laissait aller, elle ne pouvait s’empêcher de prendre du poids. Peu regardante au départ, cette femme coquette avait fini par constater sa croissante générosité qui commençait à l’inquiéter, d’autant que son Jules ne lésinait pas sur les comparaisons animalières parfois douteuses.

L’inscription à la salle de sport était devenue indispensable. Farida devint rapidement addict à cette nouvelle drogue de l’activité physique. Cela lui donnait des résultats probants. Jusqu’à un certain point. Son désir de perdre était à la hauteur des grands sportifs qui ne rêvent que de gagner. Mais elle n’avait pas à quarante-cinq ans le physique d’une jeune fille de vingt ans. Et cela commençait à la titiller.

C’est alors qu’elle me demanda s’il était possible d’agir sur son traitement. Je lui proposais volontiers une diminution de son olanzapine en vue d’un arrêt. De dix milligrammes à cinq, cela passa aisément. Mais le sommeil devint à nouveau difficile à l’arrêt du traitement. On repassa donc au cinq. Avec succès. Pas de sevrage complet, mais cette diminution suffisait à son équilibre.

Puis Farida décida de rester définitivement dans le Sud avec Jules et passer elle aussi son brevet de prof de plongée. Je l’imagine bien comme un poisson dans l’eau…

Chef étoilé avec le statut de travailleur handicapé

chef étoilé

J’avais hérité de la prise en charge de Brandon car mon prédécesseur à l’hôpital général l’avait eu dans ses lits dans un contexte de ce qui pouvait ressembler à un épisode dépressif. Au moment de ma prise de possession de son dossier médical, j’avais pu avoir le raisonnement raccourci qu’il souffrait d’une schizophrénie. Au vu de certains éléments précisés dans le dossier sur un délire de persécution évoqué au cours de l’hospitalisation. Et plus basiquement sur le traitement dont il bénéficiait. Antipsychotique à bonne dose (voir ici si vous voulez en connaître plus sur ces médicaments) et une léchouille d’antidépresseur.

Mais ça, c’était avant de mieux le connaître et de récupérer tous les éléments de son suivi.

Brandon était un jeune homme de vingt ans, dont le suivi psychiatrique avait débuté assez tôt dans l’enfance avec pas mal de problèmes dans l’acquisition des apprentissages et dans les relations sociales. Tenir “bêtement” un stylo entre ses doigts pour écrire peut sembler enfantin à la majorité de la population au point de ne pas même se poser la question que cela peut poser problème. Pourtant cela avait déjà été compliqué pour ce jeune homme dans son développement et il avait pris du retard pour tout un tas de choses, qu’il avait fini par acquérir malgré tout. Juste du retard. Mais un retard qui avait mobilisé du monde. Car si on est en retard comme le lapin d’Alice, à l’école, on ne peut plus rentrer dans les bonnes cases. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose? Je ne sais pas. Mais lorsque l’entourage est vigilant, cela permet de déclencher tout un tas de mesures comme la prise en charge au centre médico-psychologique. Le suivi avec la pédopsychiatre, l’orthophoniste, la psychologue, la psychomotricienne. Ca faisait du monde pour un petit Brandon qui se débattait dans ses apprentissages.

En fonction des lieux par lesquels il était passé, Brandon avait pu être considéré comme un enfant présentant une dysharmonie évolutive, un retard des acquisitions, un retard global de développement, un retard mental, un trouble envahissant du développement (TED, désormais nommé TSA pour Trouble du Spectre Autistique, dont vous pourrez avoir un autre exemple ici). Pour moi comme pour lui, c’était flou mais à prendre en considération pour ne pas le mettre dans une case uniquement au regard de la symptomatologie actuelle mais en prenant en compte tout son parcours de troubles neurodéveloppementaux.

Car en consultation, au début du suivi, j’avais cette sensation et les dernières notes du dossier qui m’avaient orientée vers un diagnostic. Je pensais Brandon souffrant de schizophrénie (ici pour une histoire de patient atteint de schizophrénie, ici pour une autre, et là pour une  encore, et si vous en voulez encore ici aussi), car il me parlait de son sentiment de persécution encore un peu présent, notamment dans la rue, où il avait la sensation que les gens le regardait de travers et allaient l’agresser. Alors Brandon jetait souvent des regards en coin, jusqu’à parfois se retourner pour vérifier qu’il n’était pas suivi. Il avait par ailleurs des tics vocaux à type de gloussement et des rires incontrôlés qui laissaient parfois flotter un sentiment de bizarrerie lors des consultations (voir ici pour une autre histoire de tics intégrés dans un syndrome de Gilles de la Tourette).

A l’époque, j’avais pu prendre du temps pour lui et accepter d’aller en réunion discuter de la suite de son suivi pluridisciplinaire. J’ai pu visiter la structure qui l’accompagnait en parallèle de mes consultations. Il s’agissait d’un hôpital de jour pour jeunes adultes qui avait dans ses locaux un Etablissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT), anciennement appelé CAT (Centre d’Aide par le Travail). Et pas n’importe quel ESAT. Un beau restaurant.

Or Brandon m’avait déjà confié que son avenir, il le voyait lumineux comme les étoiles qu’il rêvait de voir un jour accrochées sur la plaque de son restaurant. Chef étoilé! Ni plus ni moins.

Même si c’était par l’intermédiaire d’un établissement protégé, Brandon pouvait travailler. Et part l’intermédiaire de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées), il avait la Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH). Un statut protégé qui permet normalement de pouvoir trouver aussi du travail dans le milieu dit « ordinaire » avec parfois des postes dédiés.

Au fil du suivi de Brandon, j’ai pu rentrer un peu dans l’intimité du vécu d’un commis de cuisine. La rigueur de l’apprentissage. Les difficultés inhérentes à sa dyspraxie. Les moqueries des camarades, pourtant parfois tout aussi en difficultés. La confection des entrées, celles des plats et enfin les sacro-saints desserts! Avec les références des émissions de télévision type Top Chef, j’avais la crainte de voir Brandon exploser en vol du fait de la pression potentiellement mise dans le milieu de la restauration. Heureusement que la bienveillance des encadrants permettait d’éviter la mise en oeuvre de manière trop rigide de ce schéma classique de rapport de force et de hiérarchie.

Brandon a peu à peu appris son métier. Il a eu des moments de découragement. Un sentiment récurrent d’incompétence et d’irréalisme de ses espoirs. Mais il n’a rien lâché. Malgré les difficultés, les nombreux écueils, il a poursuivi son objectif d’apprentissage de la cuisine.

J’espère qu’il pourra ouvrir son enseigne et réaliser son rêve. Ce fameux rêves plein d’étoiles…

Comment Emmannuel, mon patient atteint d’agoraphobie, m’a payé un café! 2/2

Agoraphobie

Voici le début de l’histoire d’Emmanuel

Acrophobie

Forts de ces victoires, nous avons décidé de passer à l’acrophobie. Le bâtiment le plus haut de l’hôpital faisait seulement six étages, mais il bénéficiait d’une belle terrasse qui me semblait l’endroit idéal. Seul hic, le seul accès que j’y avais trouvé était une fenêtre qui vu sa localisation, ne devait pas servir tous les jours. Il fallait déplacer une plante verte de deux mètres et enjamber la fenêtre. Après avoir tenté en vain de trouver quelqu’un à qui expliquer la démarche sans risquer que la sécurité ne se fasse appeler, nous avons fait un peu d’escalade et nous sommes retrouvés sur cette fameuse terrasse. Les bords étaient munis de rembardes, placées suffisamment à ras pour avoir une vue plongeante dès lors qu’on se penchait un peu. Plus au centre, nous pouvions contempler les autres bâtiments de l’hôpital sans être confrontés au vide. Nous avons donc commencé par cette partie plus aisée, pour nous rapprocher progressivement des bords, tout en cotant toujours l’anxiété d’Emmanuel. Quand elle dépassait cinq, nous revenions vers le centre, toujours dans le but de progressivement arriver à une diminution de plus de cinquante pour cent de la peur.

C’est alors que la cadre supérieure du service, bras droit du chef de ce service, nous intima de rentrer tout de suite avant que les gros bras ne déferlent sur nous pour nous y aider. Déconfits, telles des collégiens pris en faute par le pion, nous sommes rentrés en tentant d’expliquer ce que nous faisions. C’est là qu’elle nous apprit que plusieurs personnes s’étaient suicidées depuis cette terrasse l’année précédente et que l’entrée principale en avait été condamnée. Je la rassurais sur nos identités et nos démarches, mais elle ne nous laissa pas continuer, craignant que d’autres personnes ne nous voient depuis d’autres bâtiments et n’appellent les vigiles. La séance était incomplète et laissait un goût d’amateurisme qui me mettait mal à l’aise vis-à-vis des soins d’Emmanuel. Sentant cette gêne, il me rassura en me disant qu’on ferait mieux la prochaine fois. J’eus comme l’impression d’un changement de rôle…

Agoraphobie

La séance suivante, nous devions aborder l’agoraphobie. Parmi les situations anxiogènes en présence de grands espaces et de monde, celle qui l’était le moins était de se trouver en terrasse de café. Nous décidâmes de mettre cela en pratique, ce qui pouvait prêter à confusion de l’extérieur. Je n’étais pas tranquillement en train de boire un verre avec un patient (ce qui déontologiquement n’est pas sensé se faire) mais je travaillais avec lui, ponctuant de temps en temps avec une évaluation de son anxiété.

J’observais aussi son comportement et tentais de trouver des points communs entre certaines de ses phobies. Outre l’agoraphobie, on pouvait séparer en deux entités les phobies dont souffrait Emmanuel, toutes en relation avec ses sensations corporelles. L’acrophobie et la géphyrophobie mettait à mal l’adéquation entre sa vision et son oreille interne, le pont posant aussi le problème de la hauteur avec une peur du vide. Les autres étaient toutes en relation avec un mode de transport (y compris sa claustrophobie de l’ascenseur) et confrontaient Emmanuel à des accélérations et des décélérations qui lui procuraient les sensations désagréables qu’il interprétait comme les prémices d’une attaque de panique.

Débattant de ces hypothèses, je le sentais tendu, sur ses gardes comme s’il se préparait à mordre la première personne qui nous aborderait. Du fait de son passé, Emmanuel restait méfiant et s’attendait quasiment en permanence à être dans une situation présentant un danger possible.

  • Emmanuel, on se détend, il y a peu de chances de se faire enlever et séquestrer, tentais-je d’amener pour dédramatiser la situation, commençant un peu à connaître sa sensibilité à l’humour un peu noir.
  • Certes Docteure, mais on n’est pas à l’abri des gros cons que j’attire comme du papier tue-mouche. Je dois avoir l’air trop sympa et me fais systématiquement déranger.
  • J’ai vu des pit-bulls qui faisaient meilleure figure. On dirait presque que vous guettez l’agression, prêt à riposter.
  • J’suis angoissé. Tous ces gens ça me stresse un max. Bien sûr que j’suis hypervigilant. Faut que j’anticipe tout. Et celui-là j’le sens pas. A tous les coups il va vouloir me taxer une clope.

Loin de délirer, Emmanuel sentait certaines choses, et le quinqua qui en faisait au moins dix de plus du fait de son alcoolo-tabagisme et de son style vestimentaire un peu vieillot lui demanda effectivement:

  • Monsieur, n’auriez vous pas par hasard une cigarette à me dépanner?

Sa politesse et son langage, contrastant avec son allure, déstabilisa un temps Emmanuel, qui lui répondit d’une voix de présentateur de journal télévisé:

  • J’ai que des roulées et j’ai pas d’filtres. Ça vous ira quand même?
  • Tout m’ira tant que je peux encrasser mes poumons de goudron, lui rétorqua-t-il en perdant de son lyrisme.

Il prit une feuille, une boule de tabac, qu’il répartit sur la feuille. En tenant sa feuille entre ses pouces et ses majeurs, il la plia autour du tabac avec dextérité, mit un coup de langue sur le collant et finit d’un geste de magicien après son tour. Il tassa sa cigarette fraîchement roulée sur sa montre et fit mine d’amorcer une conversation.

  • Pas la peine de commencer ton baratin, on est occupés, lança Emmanuel.

Il avait du feu, s’alluma sa cigarette et comprit que le mieux était tout de même qu’il retourne à sa place, quelques tables plus loin. Emmanuel, tandis que nous reprenions, continuait de le toiser de biais, ayant l’air d’évaluer si la menace était encore d’actualité ou s’il pouvait relâcher la pression. C’était intéressant de voir comme la peur et la méfiance ressentie par cette homme pouvait tourner en agressivité dans la relation à l’objet de sa peur.

Il insista pour me payer mon café.

Je devins ensuite un temps sa psychiatre traitante, ne le suivant plus pour une thérapie mais pour renouveler le traitement que je lui prescrivais par ailleurs, avant qu’il ne déménage et que je ne le perde de vue.

Comment Emmannuel, mon patient atteint de phobies, m’a payé un café! 1/2

Phobies

Emmanuel, un des patients que j’avais suivi le plus longtemps dans ma pour l’instant courte carrière de psychiatre avant de m’installer en libéral, était déjà hospitalisé en hôpital de jour depuis des années quand je l’ai connu.

Il était suivi principalement pour une agoraphobie diffuse faisant suite à un trouble panique (répétition d’attaques de panique avec anticipation anxieuse d’en refaire).

Sa vie

Son enfance a été plutôt traumatisante et il était parti tôt de la maison pour  échapper à une vie qui lui était rapidement apparue comme incompatible avec ses aspirations. Ses parents tenaient un bar dans un village et leur logement était à l’étage. Emmanuel avait eu la “chance” de se faire attoucher par un client bourré qui avait réussi à monter sans que ses parents ne l’ait remarqué. Le manque d’attention et la violence de ses parents ne l’avaient pas aidé à se construire dans un environnement sécurisant. Il avait donc fui.

Pendant un moment de sa vie, il s’était posé des questions sur son orientation sexuelle et avait multiplié les expériences. Plutôt frêle, il avait plus souvent été attiré par des mecs balèzes aux muscles aussi saillants que les siens semblaient illustrer la loi de la gravité. Emmanuel est tombé ensuite sur un mec taré qui l’avait initialement séduit avec son bagout avant de le séquestrer des mois chez lui. Mort de jalousie, il ne pouvait supporter qu’une autre  personne que lui puisse poser le regard sur Emmanuel. Il avait réussi à s’échapper dans un moment de moindre vigilance des routines de son geôlier. Emmanuel avait pu faire des petits boulots, gagner sa croûte et se débrouiller.

Par la suite de ces expériences communes à tout un chacun, il avait développé une certaine méfiance envers ses concitoyens. Malgré tout, Emmanuel s’était trouvé une nana sympa avec qui il s’était installé et avait eu une fille, âgée de 6 ans au moment où j’ai commencé à le suivre. Il avait repris des études et avait pu trouver un job qui lui plaisait en tant que clerc de notaire. Cela se passait plutôt pas trop mal dans sa vie.

Genèse du trouble panique et de l’agoraphobie

Jusqu’au moment où Emmanuel fait une première attaque de panique (ou crise d’angoisse) alors qu’il était en moto sur l’autoroute. L’expérience de crise d’angoisse s’est répétée et il a commencé à développer une anxiété anticipatoire (la peur d’avoir peur) qui le paralysait et avait débouché sur une restriction progressive de ses activités à mesure que les attaques de panique avaient lieu dans différents contextes.

Il en était arrivé à être amaxophobe (ne plus pouvoir se déplacer en voiture ou dans les transports en commun), n’utilisant donc que ses gambettes pour faire les actions de la vie quotidienne. Emmanuel était aussi géphyrophobe (il avait aussi peur d’aller sur des ponts), claustrophobe (il ne pouvait se trouver dans un lieu fermé, notamment prendre un ascenseur), agoraphobe (il ne pouvait se trouver dans les lieux où il avait beaucoup de monde, de grands espaces, comme les centre commerciaux, les terrasses de café…), acrophobe (il avait peur des hauteurs), aérodromophobe (peur de prendre l’avion), sidérodromophobe (peur de prendre le train) et probablement encore d’autres phobies peut-être moins gênantes que celles évoquées.

Exposition avec prévention de la réponse

Jeune psychiatre fraîchement formée aux techniques comportementales qui sont les traitements les plus indiqués dans les phobies, je me suis alors astreinte à programmer un protocole d’exposition aux différentes phobies, en respectant les règles classiques de progressivité (on expose du plus facile au plus difficile, en sachant que les réussites du début rendent plus facile la suite.

Claustrophobie

Après  apprentissage et maîtrise des techniques de respiration abdominale et de relaxation qui permettent ce qu’on appelle la prévention de la réponse, nous avons donc commencé  par la peur dans l’ascenseur qui lui semblait la plus aisée. Étant dans un vieil hôpital pavillonnaire, le service dans lequel nous étions se trouvait dans un bâtiment peu élevé. Deux étages étaient vite parcourus, malgré la lenteur de ces vieilles machines qui pouvaient effectivement de pas inspirer confiance. Alors, ce fut une répétition de montées et de descentes, d’abord en ma présence, puis seul, qui permit progressivement à Emmanuel de se sentir plus à l’aise dans cette situation qu’il évitait un maximum jusque-là. Au bout d’un certain temps, Emmanuel était en mesure de ne plus songer en permanence à la possibilité de rester coincé entre deux étages sans pouvoir sortir de ce tombeau où il succomberait forcément à la répétition des attaques de panique, son cœur n’étant pas en mesure de supporter une vitesse de battements aussi soutenue (il s’agissait de son scénario catastrophe, qui sous tendait sa peur de l’ascenseur).

Géphyrophobie

Après l’ascenseur, nous sommes passés à la peur des ponts (qui s’appelle toujours la géphyrophobie, pour rappel qui vous évitera de remonter plus haut dans le texte). Dans le quartier où nous étions, nous avions à disposition de quoi faire.

Nous avons commencé par un solide quatre voies bordé de trottoirs permettant d’avoir une vue sur le fleuve. L’objectif était d’aller le plus lentement possible, histoire de réellement se confronter à sa peur, en essayant de repérer les évitements subtils (ou microévitements) qui sont des petits trucs que les gens font pour se confronter à la situation qui leur fait peur sans se confronter vraiment à la peur. Comme aller très vite, se répéter des phrases dites “contraphobiques” (qui luttent contre la peur), penser à autre chose, etc. Son truc était de courir. Il fallait limite avoir prévu une laisse pour éviter de le voir détaler. Nous avons donc programmé des étapes, en s’arrêtant régulièrement pour regarder le fleuve et faire durer la situation. Régulièrement, je demandais à Emmanuel de coter son anxiété sur une échelle de zéro à dix pour voir comment il évoluait, l’objectif étant que la peur diminue d’au moins cinquante pour cent pour que “l’exercice” soit considéré comme réussi. Ce fut chose faite.

Puis, nous sommes allés sur un pont plus étroit mais tout de même solide, avec la même progressivité et la même efficacité. Enfin, j’ai confronté Emmanuel à une passerelle en bois pour piétons, qui vibrait quand quelqu’un se mobilisait dessus, surtout lorsque nous étions vers le milieu, d’autant que la confrontation avec le vide était plus importante. Ce fut plus difficile, mais à force de répétition, cela devenait de plus en plus aisé. Il put ensuite le faire seul et avec sa famille, sans craindre de transmettre sa peur viscérale à sa fille.

C’était en effet sa principale motivation. Emmanuel avait remarqué que du fait de son comportement évitant, sa fille commençait aussi à manifester des symptômes de ce registre et il avait décidé de ne pas lui léguer cette difficulté. Il mouillait la chemise pour que sa fille ne finisse pas aussi isolée qu’il pouvait l’être en ce moment.

Suite de l’histoire la semaine prochaine!!!

Géraldine, le surpoids et l’IVG

IVG
Géraldine est venue me voir pour travailler sa confiance en elle dans un contexte de surpoids. Elle ne s’estimait déjà pas beaucoup, mais venait de vivre une expérience douloureuse qui avait encore plus atteint son amour propre. Elle avait dû faire une IVG (Interruption volontaire de grossesse).
Quand Géraldine est rentrée en contact avec le gynécologue, elle ne s’imaginait pas que les choses allaient se passer comme cela. Bien que généralement prudente, elle s’était retrouvée enceinte de son ex compagnon. Il avait déjà eu une autre vie et avait des enfants d’une autre femme. Cela lui suffisait et il avait exprimé ne pas en vouloir d’autres. Leur relation ne pouvait rester en l’état. Géraldine voulait des enfants. Certes, mais pas seule et encore moins dans le dos de leur père. Alors elle avait décidé de la séparation et pris cette toujours difficile décision d’aller faire la démarche d’un avortement. C’est là que ce gynécologue était entré dans sa vie.
Il l’avait accueillie chaleureusement en consultation.

  • Alors, c’est pour une première échographie de datation ? Félicitations !
  • Non, en fait je viens pour une IVG.

Le gynécologue avait alors changé de visage et son regard était devenu dur, transperçant et empreint de jugement.

  • Alors comme ça c’était un coup d’un soir, c’est ça ?
  • Non, pas du tout, il s’agissait de mon ex compagnon, mais il ne veut plus d’enfants.
  • Tu es bien sûre de ton choix, là ? Parce que 39 ans c’est plus que le début de la fin.
  • Euh !!!!
  • Tu imagines, qu’il y a des femmes qui essaient toute leur vie et qui n’y arrivent pas et toi, tu vas tuer un enfant que tu as en toi.
  • Et puis avec le poids que t’as il faut en profiter. Tomber enceinte est une chose inestimable qui ne risque pas de t’arriver aussi facilement.

A cet instant, Géraldine est à nouveau restée muette, interdite de s’entendre parler de cette façon dans ce contexte.
Il lui a prescrit tout le bilan. Donné le traitement médicamenteux pour l’IVG. Cela n’a pas marché. Et puis au contrôle échographique, il a vu qu’il s’agissait en fait d’un œuf clair. Cela résolvait au moins en partie la culpabilité du geste…
Géraldine restait partagée. En un sens elle s’était projetée mère. En un autre elle ne voulait pas imposer à son enfant de ne pas avoir de père. Cela avait généré pas mal de questionnements qu’elle n’arrivait pas à résoudre.
Et là, il était revenu vers elle. Il l’aimait et elle l’aimait. Il ne voulait toujours pas d’autres enfants et elle ne savait plus. Etre mère ? Vivre heureuse avec l’homme qu’elle aime ?
Alors Géraldine a choisi de vivre. Simplement. Et d’accueillir les choses qui viendront dans sa vie. Telles quelles. Sans trop anticiper. Et sans regretter ses choix. Car on ne peut jamais revenir sur le passé.

Pour lire une autre histoire sur la thématique de l’avortement: « petite étoile filante »